Dans ces rues, c'est plus de 2 siècles d'Histoire qui vivent ensembles et échangent pour donner vie à un quartier bohême et rebel où se mêlent tradition et modernité. Parfois surnommé le quartier Hipster de Madrid, Malasaña n'existe pas officiellement en temps que zone administrative de Madrid. Il fait en réalité partie du quartier Universidad, défini en 1845, bien que personne ne le connaissent sous ce nom. Mais alors, pourquoi Malasaña reste gravé dans les rues et dans la mémoire des Madrilènes ?
L'histoire recousue de Manuela Malasaña
Le Barrio Maravillas
Le voyage commence et nous voilà à plus de 200 ans dans le temps, vêtus d'un pull large, un jean usé et de nos meilleurs baskets pour marcher. Mais ici, mieux vaut ne pas se faire remarquer, nous sommes en pleine insurrection contre les troupes Françaises de Napoléon Bonaparte ! Pour passer inaperçu, nous vous proposons de nous rendre chez une jeune couturière, Manuela Malasaña, qui pourra peut-être nous confectionner quelques habits pour notre voyage.
Ce nom, aujourd'hui familier pour les Madrilène, est en réalité celui de son père, un boulanger français dénommé Jean Malasagne. Son nom de famille aurait été hispanisé par ses voisins en « Malasaña ».
A l'époque, le quartier portait le nom de « Maravillas », en référence au couvent des carmélites, femmes de l'ordre du Carmel, un ordre religieux catholique contemplatif. Pourtant, ce nom s'est superposé aux strates du temps, et il n'en reste au XXIe siècle plus que quelques symboles tel que le lumineux théâtre Maravillas. A la place, le quartier à laissé place en 1961, à un nom plus emblématique, en l'honneur de la famille Malasaña et de sa légende.
L'insurrection du 2 mai 1808 contre Napoléon
Alors que le foyer de la famille n'était située qu'à quelques mètres de la caserne Monteleón, qui n'est autre que l'actuelle Plaza del Dos de Mayo. Sur cette place, les officiers d'artillerie Luis Daoiz et Pedro Velarde tiennent encore debout face aux troupes françaises.
L'histoire nous dit que le boulanger, et sa fille alors agée de 17 ans seulement, sont tombés en défendant la caserne ce jour. Mais la légende raconte que la fille aurait été abatue au milieu de la rue par les troupes napoléonniennes, alors qu'elle est était armée... d'une paire de ciseaux.
En deux jours, Goya nous décrit sur ces tableau la violence des envahisseurs qui aura fait plus de 4000 morts. Le pays entier s'est alors revolté pendant les six années qui ont suivi, pour obtenir son indépendance en 1814 avec le retour du roi Ferdinand VII.
Mais ce n'est qu'en 1861, à la veille d'une nouvelle révolte, que le quartier prend le nom de Malasaña.
L'origine de la Movida Madrileña
La révolution culturelle post-Franco
La second grande révolution du quartier est culturelle, la Movida Madrileña dans les années 1970. Après 2 grandes guerres et à la fin du régime ultra-conservateur du dictateur Franco, la jeunesse fit voler en éclat les années de répressions morales et militaires du pays.
Le quartier Malasaña, foyer de cette nouvelle révolte, en est le symbole le plus spectaculaire. Fini les interdits et les tabous, place à l'expression de l'âme. Des gens du mondes entiers se rencontrait dans les rues pour échanger sur l'art et la pensée. La libération fût totale, alcool, sexe, drogue et production artistique sans aucune limite.
Depuis, cette atmosphère est resté tout autour le la Plaza del Dos de Mayo. On y retrouve les arts ruraux et graffitis de tout âge, dans une ambiance vintage modernisée.
Un quartier Hipster ?
Ce quartier jeune et éclectique, est un véritable musée à ciel ouvert. Ses rues étroites regorgent de commerces vintages, d'art urbain et de théâtre. Il y en a pour tous les goûts, et pourtant rien qui ne s'apparente à la culture de masse.
Mais ne vous y trompez pas c'est surement le quartier le plus moderne de Madrid, ou se rencontrent des artistes, des étudiants et de jeunes familles expatriés du monde entier. On y retrouve aussi la fusion des genres musicaux, entre salsa et reggaeton, pop-dance, indie-rock, ou encore électrofunk.
Chaque année, du 27 avril au 2 mai, on y célèbre d'ailleurs les “fiestas del Dos de Mayo”, un évènement de 7 à 77ans où l'on peut vivre pleinement la culture Madrilène jusqu'au bout de la nuit.
Nous avons déjà remonté le temps une première fois, et nous voilà revenu dans le présent. Mais notre voyage ne s'arrête pas là, il ne fait que commencer. Maintenant que nous savons se que cachent les rues du quartier Malasaña, à nous de vivre pleinement l'expérience de la Movida Madrileña. L'histoire ne se lit pas seulement, elle s'écrit aussi.
Pour découvrir toutes les gemmes cachées du quartier, je vous propose de recommencer notre voyage dans le temps mais cette fois ci dans le sens inverse : du présent vers le passé.
De nos jour, le quartier Malasaña est un des plus accessible de Madrid. Entouré des lignes de métro 1, 2, 3, 4 et 5, il est coupé en deux zones par la ligne 10. La zone sud de Malasaña est la plus proche du centre, ou Centro.
Depuis Gran Via, la nouvelle station de métro, presque futuriste, ouverte en juillet 2021 après plusieurs années de travaux, nous pouvons remonter la ville par la Plaza de la Luna. Vous pourrez commencer la journée avec un délicieux brunch, souvent empreint de cuisine sud-américaine. Puis, en direction du nord du quartier, vous découvrirez successivement l'architecture colorée illuminée par le soleil du matin, les théâtre d'art contemporain, les multiples édifices religieux, les librairies intemporelles, les friperies vintages, les marchés de bric et de broc, et les commerces aussi uniques qu'originaux.
Dès que vous arriverez dans le nord du quartier, prenez le temps de vous poser sur la terrasse d'un restaurant ou d'un bar. Vous pourrez alors remonter encore un peu plus le temps pour découvrir les environs de la Plaza del Dos de Mayo. Pour les plus curieux et audacieux, remontez encore pour vous laisser aller aux folles nuits de Malasaña sous les étoiles de La Via Lactea.